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LE
PAYS KASSENA :
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FEMMES
PEINTRES KASSENA
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En novembre et décembre, au début
de la saison sèche, les femmes kassena
procèdent collectivement à la
décoration extérieure des cases
d'habitation. L'originalité et l'esthétisme
brut de ces fresques et peintures interpellent
immédiatement le visiteur.
Les différentes techniques utilisées
sont assez semblables mais sans que les peintures
qui en résultent ne soient toutes identiques.
Les choix des décors, des motifs et
des techniques utilisés diffèrent
d'une maison à une autre.
A la technique traditionnelle aux pigments,
se substitue parfois une technique plus actuelle
faisant appel au goudron.
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TECHNIQUES
DE DECORATION
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Technique
traditionnelle "aux pigments"
C'est
la technique la plus ancienne et encore aujourd'hui
la plus largement utilisée en pays
kassena.
Sous la conduite de la responsable de groupe,
les femmes égalisent la surface du
mur à l'aide d'un caillou plat. Une
fois la paroi bien lisse, elles apposent le
banco.
Elles appliquent ensuite un enduit de quelques
centimètres d'épaisseur constitué
de terre argileuse mélangée
à de l'eau de cuisson de cosses de
néré.
L'enduit ainsi obtenu est de couleur brun-rouge,
collant et poisseux. Il est maintenu frais
et humide par aspersion d'eau pendant toute
l'exécution du travail de décoration.
Les femmes tracent alors sur ce fond des motifs
noirs ou blancs. Le noir est obtenu en délayant
dans de l'eau un caillou noir pulvérisé
(généralement le graphite).
Le blanc résulte du simple frottement
d'un caillou blanc (silicate de magnésium:
le talc).
La
dernière opération consiste
à passer un vernis naturel protecteur
à base de l'eau de décoction
des cosses de néré.
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Technique
contemporaine "au goudron"
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Cette
technique suit sensiblement le même processus.
L'enduit utilisé est plus sophistiqué
car on ajoute à la terre et à
l'eau de décoction des cosses de néré,
du goudron industriel. Ensuite, on recouvre
entièrement la surface à décorer
de blanc. Ainsi, à l'inverse de la technique
traditionnelle où les femmes travaillent
sur un fond rouge-brun, ici, elles peignent
sur un fond blanc.
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Reconstitution
de l'habitat traditionnel kassena sur le site
du Musée National de Ouagadougou.
Les femmes kassena ont utilisé la
technique contemporaine au goudron.
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LE
SYSTEME DECORATIF
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Le principe du système décoratif
de la peinture kassena repose sur la répétition
de signes. Cependant, ces oeuvres murales
ne sont pas un décor standardisé
pour lequel la femme kassena aurait juste
à puiser dans un répertoire
de formes et de signes. Si la pratique décorative
s'appuie sur des éléments récurrents,
codés, avec des signes employés
systématiquement, ceux-ci sont déclinés
de mille manières: taille, sens, répétition
binaire, ternaire... Par ailleurs, les artistes
laissent une large place au hasard, aux "fantaisies",
résultant de l'improvisation ou tout
simplement d'une erreur dans le tracage.
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Le
signe le plus employé et le plus représentatif
est certainement le morceau de calebasse (zimboré). |
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| C'est
un objet indissociable de l'univers kassena
qui symbolise un rapport à la vie et
à la mort : on boit l'eau dedans et on
la brise le quatrième jour de la mort
d'une femme sur la voie qui mène chez
les parents de la défunte.
Dans ce sens, le morceau de calebasse (zimboré)
est un véritable trésor pour la
femme qui s'en sert d'ustensile de cuisine:
cuillère, verre, plateau durant sa vie
et qui l'accompagne jusque dans sa l'au-delà
après sa mort. C'est le seul objet autorisé
pour les idoles.
D'autres
signes ou dessins sont utilisés dans
les décorations murales parce qu'ils
ont un sens particulièrement fort pour
les Kassena.
Les
ailes de la chauve souris sont
représentées parce que la chauve
souris habite toujours dans les cases "mères"
(les maisons en huit) avec la grand-mère
et les enfants. Une maison délaissée
par la chauve souris est considérée
comme maléfique. Ce dessin rappelle l'importance
de la chauve souris et la nécessité
de la protéger.
Le filet de pêche
est représenté parce que la pêche
a sauvé les Kassena de la famine. En
effet, dans les premiers temps de l'implantation
des Kassena dans la province du Nahouri, ils
souffrirent d'une grande famine liée
à une mauvaise saison agricole. Les hommes
se déplacèrent vers le Ghana où
se pratiquait la pêche et ramenaient de
quoi nourrir le village. Cette famine marqua
profondément l'histoire du village. La
représentation du filet de pêche
perpétue dans l'esprit des jeunes la
nécessité de la pratique de la
pêche.
Les ailes de l'épervier,
à la différence de la chauve souris,
rappellent que l'épervier est un prédateur
de volailles. Ce dessin marque la nécessité
de chasser l'épervier d'autant plus que
les Kassena pensent que l'épervier se
nourrit aussi de la chair humaine. Aussi, une
personne qui n'est pas issue de la famille des
crocs-morts ou des féticheurs n'a pas
le droit de manger la viande de l'épervier,
sous peine de maladie grave.
Les pattes de la poule
sont représentées sur les décorations
murales parce que la poule est la première
des offrandes. On l'a sacrifie aux idoles, elle
accompagne toujours le cadavre lors de son envélissement.
Indispensable aux Kassena, ces derniers doivent
en faire l'élevage.
Le
totem d'une famille peut être représenté
sur à travers les décorations
murales. Ainsi, sur les murs de la cour du
chef de Tiébélé est souvent
représenté la tortue,
totem de la famille du chef. Par conséquent,
il est interdit à tout membre de la
famille de consommer la viande de tortue.
Si un membre de la famille du chef rencontre
une tortue, il doit la ramener dans la cour.
Cet acte est considéré comme
bénéfique pour la personne.
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Sur
cette décoration murale, on peut distinguer
divers éléments importants de la
vie quotidienne des kassena :
Le carquois qui rappelle
que tout homme kassena est avant tout un chasseur
et un guerrier.
La pipe et le sac qui
contient ses nombreux gris-gris accompagnent toujours
le vieil homme.
Le canari et la calebasse
sont marqués d'une croix, ce qui signifie
d'une part qu'il ne faut pas les casser et d'autre
part que ces objets sont réservés
à la femme.
Cette représentation murale en particulier
semble marquer les domaines respectifs de chacun,
hommes et femmes. |
La
fonction du décor
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| La
peinture murale est une tradition séculaire
toujours ancrée dans la société
kassena. Pour un villageois, "une femme
ne peignant pas sa maison peut être considérée
comme une ratée sociale". Le but
est d'embellir, de décorer mais cela,
sans aucune notion de compétition. Critiquer
ou juger les formes est considéré
comme une conduite désobligeante voire
antisociale.
Les décors, comme le montre la photo
ci-dessus, contribuent à forger l'identité
du groupe à travers la mise en exergue
de certains objets ayant une forte charge symbolique
et dont ne saurait se séparer, en aucun
cas, un vrais kassena. Ces dessins rappellent
certains interdits, de même ils montrent
la voie pour devenir un bon kassena. La réalisation
séculaire de ces peintures murales a
ainsi fonction de régulateur social.
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